Trans Day Of Remembrance 2021
Publié par Transistor le
Tags : blog, TDOR, trans day of remembrance, militantisme, discours
Bonjour à toustes,
Nous sommes réuni'e's aujourd'hui en cette Journée du Souvenir Trans (ou Trans Day of Remembrance) afin de nous recueillir et d’honorer nos adelphes décédé'e's cette année.
La transphobie, n'est pas uniquement présente à un niveau individuel mais aussi au niveau institutionnel et systémique. Elle est présente dans la discrimination à l'emploi, au logement, dans des refus de démarches administratives et bien sûr dans les violences physiques et psychologiques. La transphobie tue, que ce soit sous les coups d'une personne transphobe ou par le rejet intolérable que la société force les minorités à subir du simple fait de leur identité.
Cette année encore nous constatons avec horreur la montée du fascisme et donc des LGBTphobies et de la transphobie entre autres à l’international mais aussi en France.
Par exemple, le mouvement “gender critical” ou TERF (acronyme de “Trans-Exclusionary Radical Feminist” que l’on peut traduire par “féministe radicale excluant les personnes trans”), utilise des stratégies d'extrême droite pour propager de la désinformation comme bonhomme de paille. Ce mouvement est aussi étroitement lié avec les différentes mouvances d'extrême droite : on peut prendre comme exemple Marguerite Stern, ouvertement transphobe, qui se revendique féministe mais est citée comme référence par le collectif d'extrême droite Némésis.On peut aussi mentionner le groupe LBG Alliance en Grande Bretagne qui a montré plusieurs fois qu’iels voulaient entraver les droits des personnes trans quitte à faire reculer les droits de toutes les personnes LBGT, où Keira Bell (personne ayant détransitionné) qui a pris des actions légales pour interdire l’accès aux bloqueurs de puberté aux personnes trans mineures. Alors que ce traitement à des effets reversibles et est utilisé fréquemment sur des enfants cis.
Plus récemment le média BBC a publié ce mois ci un torchon où ils donnent la parole à Lily Cade, une femme cis qui profite de son métier d’actrice porno pour abuser sexuellement de ses collègues. Quelle ironie de lire sur son blog qu’elle traite les femmes trans de pédocriminels, mais surtout quelle terreur de lire un appel au lynchage, à la violence et au meurtre des femmes trans sans aucunes répercussions.
De la même manière, en France, de nombreux articles sont publiés sur des journaux comme Le Figaro, Valeurs Actuelles ou Marianne, attaquant la communauté trans, nous accusant de propagande, de dérives, de délires ou de lobbyisme.
Cela fait des années que les féministes françaises nous disent que nous n’aurons jamais de problèmes de TERF ici. Pourtant durant la pride de Paris, en juin dernier, en tête de cortège des femmes scandaient des slogans transphobes en portant des pancartes avec des messages haineux sous le bon oeil des policiers. Personne n’est intervenu sauf une poignée de femmes trans, pour certaines d’entre elles sans papiers, qui se sont fait battre à la fois par les TERFs et par les forces de l’ordre.
Ces dernières semaines en France, on a aussi pu constater les tactiques fascistes qui s’évertuent à inonder le plus possible les réseaux sociaux de fausses informations sur la transition. Marguerite Stern par exemple qui propage sans cesse de la désinformation sur la transition pour effrayer le plus de parents possible. Mais ça fait aussi des mois que de nombreuses personnes trans et allié'e's se font harceler et menacer de mort quotidiennement sur leurs plateformes.
Les conséquences de faire passer la transphobie pour une opinion plutôt qu’un discours haineux et discriminant sont graves et menacent de s’aggraver. Les répercussions se constatent dans nos lois, qui par exemple nous empêchent de choisir nos médecins pour transitionner malgré le parcours de soin coordonné, qui nous empêchent d'accéder à la pma ou des lois qui rendent impossible l'accès au logement pour les travailleureuse du sexe. Mais aussi des lois qui choisissent de ne pas se prononcer sur nos cas. Qui laissent des décisions cruciales au bon vouloir de la personne en face de nous. Que ce soit administratif ou médical personne n’est formé à prendre en charge les personnes trans.
Depuis 2019 l’OMS a voté pour la dé-psycho-pathologisation de la transidentité. Cela implique une dépsychiatrisation effective de l’accès au soins comme le traitement hormonal, pour lequel, en vertu du consensus scientifique établi par la WPATH (World Professional Association for Transgender Health) aucune collégialité ni intervention psychiatrique est requise.
Pourtant, en France pour bénéficier d’une transition médicale, la SoFECT dorénavant FPATH ou Trans Santé (Association professionnelle française pour la santé des personnes transgenres), demande à ses patients de suivre environ deux années de thérapie avec un psychiatre et un psychologue mais aussi de vivre deux ans en tant que personnes trans sans avoir accès aux hormones.
Pour celleux qui ne veulent pas passer par la SoFECT, la majorité sera tout de même confrontée à des exigences similaires, comme le besoin d’attestations psychiatriques, des déclarations tri signataires et même des examens médicaux annexes ne servant qu’à satisfaire la curiosité du praticien. Tout de même certain'e's professionnels de santé acceptent de suivre les personnes trans sans écouter les recommandations obsolètes de la SoFECT, mais se font régulièrement attaquer par le conseil national de l’ordre des médecins.
Et c’est sans parler de la prise en charge médicale en générale qui entrave l’accès des personnes trans à la santé. Car elles sont régulièrement victimes de toxicophobie, de putophobie et subissent des pressions à toutes les intersections de leur identité mais aussi car les professionnels de la santé ne sont pas formés à les prendre en charge.
Angoulême n’est pas une exception. Les médecins redirigent les personnes trans vers la SoFECT de Bordeaux. Les associations trans manquent cruellement de subventions et de financement et sont poussées à la dissolution. Adheos boycotte l'existrans.
Les personnes trans sont victimes de violences et de harcèlement de rue, mais sont aussi victimes de violences au travail ou dans certaines écoles qui ont choisi malgré les recommandations du défenseur des droits et du ministre de l’education de révéler les deadnames de leurs élèves trans, les empêchant d’utiliser leur prénom ou les obligeant à devoir s’outer systematiquement.
Mais les personnes trans ne sont pas en précarité seulement face à la santé. Beaucoup d’entre elles sont migrantes ou sans papiers, sont victimes de discrimination a l’embauche, de discrimination face au logement et ont recours au travail sexuel pour survivre et vivent en squat.
Travail sexuel encadré par des lois abolitionnistes, notamment la loi du 13 avril 2016, qui précarisent les travailleureuses du sexe et les mettent en danger. Pourtant la loi de 2016 est dénoncée par de nombreuses associations ou groupes tels que Médecins du Monde.
Les violences envers les travailleureuses du sexe durant leur temps de travail auraient augmenté de 40% depuis l'adoption de cette loi. Car l’idéologie abolitionniste considère que la détérioration des conditions de vie et de travail, l’augmentation des violences et l'aggravation des risques sanitaires ne sont que des dommages collatéraux de la loi.
Nous critiquons l’hypocrisie d'un État qui, tout en engrangeant le quart des revenus générés par le travail du sexe, est non seulement incapable d'assurer la protection, l’accès aux droits élementaires et la sécurité des travailleureuses du sexe, mais les infantilise en les considérant incapables de faire leur propres choix. Nous exigeons la dépénalisation comme modèle juridique.
Dans le monde, durant l'année passée, environ 462 personnes trans sont décédées à cause d'actes transphobes, de violences inouïes, de refus d'accès au soins, de négligence, la plupart étaient des personnes trans-féminines racisées ayant vécu dans la précarité. Ce nombre à augmenté de 12,5% depuis l’année passée, mais reste une approximation car nous n'avons connaissance que des décès rapportés de personnes trans.
Merci à Acceptess-T, le FLIRT, les associations de la Fédération du Parapluie Rouge, XY Media, … Sans compter les individus qui ont participé aux financements des cagnottes de survie et de transition mais aussi aux financements des fonds d’action trans et des associations que l’État ne subventionne pas.
Merci aussi à vous d’être présent.e.s pour porter nos revendications et pour honorer les défunt'e's.
Les vies trans comptent.
Nous vous invitons maintenant au recueillement dans le silence, 1 seconde pour chaque personne trans que nous avons perdu cette année, ce qui revient approximativement à 8 minutes.