1 mai 2022

Publié par Transistor le

Tags : blog, droit du travail, droit des travailleurs, militantisme, discours


Bonjour à toustes,
Nous voilà réuni'e's en ce 1er mai, journée internationale de lutte pour les droits des travailleur.euses, dans un contexte où l'urgence à se faire entendre, à protéger et à sécuriser nos droits se fait toujours plus critique.

Les idées fascistes et nauséabondes de l’extrême droite ne sont plus seulement une menace lointaine, un oncle ou un grand père un peu trop vieux : elles sont réelles, se transforment en action concrète, et nous emmènent, pour le second mandat consécutif, à devoir choisir entre un capitalisme fasciste ou un capitalisme libéral dont la caractère bourgeois se nourrit et banalise les idées d'extrême droite.


Après ces deux mois de cirque électoral et médiatique au terme duquel rien n’a changé, il est plus que jamais vital de s’unir ensemble, pour défendre nos droits aux uns et aux autres. Plus que jamais, nous devons nous unir et créer un réel Front de gauche : un Front de gauche qui reconnaîtrait les besoins de chacun'e's, un Front de gauche qui s’intéresserait à un avenir commun. Un Front de gauche qui puisse enfin nous libérer du joug des libéraux et nous protéger de la menace destructrice qu’est le RN !

La communauté trans n’est pas épargnée par le climat actuel : invisibilisée, ignorée… Notre existence médiatique - comme pour beaucoup de communautés minorisées - se résume à de longs débats aux cours desquels nos identités sont rabaissées, humiliées par de vieux bourgeois et bourgeoises ignorants du monde et des autres. Ainsi, en ce 1er mai :

  1. Nous demandons a avoir un accès à l’emploi sans discrimination, car « on a rien contre nous, mais on risque de faire fuir la clientèle »… Car nous ne devrions pas aller travailler dans la crainte de se faire harceler, car nous ne devrions pas avoir à subir la discrimination à l’embauche du fait de notre identité, car il est inconcevable de devoir vivre sur un fil qui puisse être coupé à tout moment parce que le monde ne nous accepte pas, car être trans pose un problème dans la conscience collective, car à tout moment la violence de l’intolérance peut nous faire perdre notre travail et nous précariser.
  2. Nous demandons un accès au soin et à la santé, car il n’est pas acceptable de devoir choisir entre une consultation médicale et un repas. Car il n’est pas acceptable de craindre de se faire soigner par peur de la transphobie et des violences médicales exercées par les médecins sur nos corps et nos intégrités. Transphobie exercée également par l’état et la FPATH (aussi appelée l’association Trans Santé, ou encore SOFECT). Cette dernière s’impose comme parcours de transition officiel français alors qu’elle se contente de nous psychiatriser et de nous mettre dans des positions dangereuses et précarisantes durant des années, avec des files d’attente bien trop longues et des praticiens bien trop ignorants. Car nous ne devrions pas avoir à recenser des médecins “safe” sur des forums cachés dans le trou du cul d’internet. Car il n’est pas concevable qu’être intersexe soit quelque chose à réparer.
  3. Nous demandons à monsieur Macron d’abandonner cette dangereuse idée selon laquelle le sujet des identités de genre et de l’orientation sexuelle n’aurait pas sa place au primaire, et pas totalement au collège. Nous ne voulons pas d’un état qui suivrait le modèle des États-Unis d’Amérique en instaurant une loi “don’t say gay” ! Monsieur Macron, au collège, on se découvre déjà ! Cette invisibilisation ne fera que renforcer le mal être des jeunes LGBT tout en laissant les jeunes intégrer la LGBTphobie comme une norme. Après le collège, c’est trop tard, et le traumatisme est irréparable !

Pour autant, les personnes trans ne sont pas seulement trans, et certaines se retrouvent à l’intersection de la transphobie, du racisme, de la putophobie, du validisme, et de la précarité. Aussi :

  1. Il est impératif de reconnaître et de laisser place dans nos luttes aux travailleur.euses du sexe, car le travail du sexe est un travail. Nous ne voulons pas d’un état putophobe et de politique putophobes ! Nous demandons ainsi l’abolition des lois abolitionnistes, tel que la loi du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel, laquelle précarise les travailleureuses du sexe. Les lois abolitionnistes n’élimineront pas les travailleur.euses du sexes, mais les lois abolitionnistes détériorent les conditions de vie des travailleur.euses ! A cela s’ajoute les risques sanitaires, la pandémie dans laquelle nous nous trouvons encore n’épargne en rien les TDS, a cela s’ajoute aussi l’augmentation des violences, les lois américaines à l’impact mondial, FOSTA et SESTA luttant contre la prostitution et ayant amenées à une large censure des travailleur.euses du sexe sur internet, lois qui n’ont pour effet que de rendre encore plus précaire les TDS du monde entier. A ces deux lois s’ajoutent encore la loi AVIA du 24 juin 2020, loi française anti-constitutionnelle, qui permettrait à l'État de s’emparer de n’importe quel contenu en ligne, dans la lignée des lois américaines FOSTA et SESTA. Cette loi représente elle aussi une menace pour la sécurité des TDS ! Nous critiquons enfin l’hypocrisie d’un état qui, tout en engrangeant le quart des revenus générés par le travail du sexe et non seulement incapable d’assurer la protection, l’accès aux droits élémentaires et la sécurités des travailleur.euses du sexe, mais aussi qui les infantilise en les considérant incapable de faire leur propres choix. Nous exigeons la dépénalisation comme modèle juridique.
  2. Par ailleurs, nous demandons un accès facilité à la nationalité, car le fait d’être en danger du fait d’être LGBT dans son pays d’origine devrait être une raison suffisante pour une demande d’asile. Nous condamnons l’État complice, criminel et meurtrier qui renvoie et expulse les personnes LGBTs dans les pays qu’iels fuient.
  3. Nous demandons également un accès au logement, car notre communauté est trop souvent précarisée, demandeuse d’asile et sans papier, car un trop grand nombre d’entre nous a grandi dans la rue, un trop grand nombre d’entre nous y est encore aujourd’hui et un trop grand nombre d’entre nous y sera sûrement demain.
  4. Nous dénonçons ainsi l’État raciste, coupable de la répression, de l’enfermement et de l’expulsion des personnes sans papiers ! Nous demandons à ce que nos luttes incluent les personnes sans papiers et immigrées, car elles sont exploitées dans les pires conditions ou perdent leurs emplois sans chômage partiel, victime de violence policière, et seulement aidées d’associations. Ce n’est pas normal ! Nous exigeons la régularisation des personnes sans-papiers ainsi que des logements pour toustes et la fermeture des centres de rétention !
  5. Nous demandons l’abolition de la loi confortant le respect des principes de la République et de lutte contre le séparatisme du 24 août 2021, car cette loi ne protège personne : l’objectif de notre pays ne doit pas être d’invisibiliser ou ostraciser le moindre de ces citoyens, mais de les protéger sans regard pour leurs origines ou pour leurs identité ! Nous n’acceptons pas une république où les populations racisées, ou les populations musulmanes seraient privées de liberté sous couvert d’une laïcité fausse et hypocrite, ou ces mêmes populations seraient invisibilisées et précarisées !
  6. Nous demandons l’abolition de la loi pour une sécurité globale du 25 mai 2021 qui représente une menace pour les citoyens de notre pays en mettant en place la sous traitance de la sécurité privée, la surveillance par tous les moyens des citoyens avec la généralisation de tout usage de caméra piéton, embarquées, la réquisition des images de vidéo protection tirées de commerces et protège d’autant plus les officiers de police, déjà tout puissant sur la population. Offrir plus de droits à la police alors que l’extrême droite prend de plus en plus contrôle du pays à chaque élection, quelle idée ! Nous devons lutter contre les violences policières injustifiées et incessante, qu’elles soient de nature racistes, islamophobes ou putophobes ! Car dans cet état libéral, nous ne pouvons pas compter sur la police pour nous défendre, mais nous devons nous défendre de la police !
  7. Nous dénonçons également l’État libéral de Macron qui, comme on le constate, prend ouvertement le parti de faire passer des lois qui ne profitent qu’à lui même tout en participant à la montée de l’extrême droite en créant un contexte de politique raciste, islamophobe et xénophobe.

Nous demandons à ce que la France change, enfin. Pas celle de demain, mais celle d’aujourd’hui. Que chacun puisse y vivre dignement : il ne suffit pas de scander « liberté, égalité, fraternité » ! Dans un pays ou nos libertés sont bafouées, ou l’égalité signifie que les puissants ont le contrôle, ou la fraternité équivaut à la haine, la devise française qu'elle brûle ! Elle n’est que l'étendard d’un mensonge terrible devant lequel nous nous plions depuis des années, aveugle de la situation d’autrui, trop intéressé.e.s par notre nombril.

Il n’y a aucune raison aujourd’hui de se reposer, seulement des raisons de se battre. Les législatives auront lieu le dimanche 12 juin : il nous reste donc à faire pour encadrer et minimiser les dommages à venir de ce second mandat Macronesque. Parler autour de vous, inciter les gens à voter. Nous n’avons peut-être rien à gagner, mais nous avons encore plus à perdre. Ne perdons pas à nouveau.

Après les législatives, il ne sera toujours pas le moment de se reposer. Il y a trop à faire, car aujourd’hui, ce sont les associations qui font le travail de l'État. Alors nous ne pouvons que vous inviter à aider de votre manière : engagez vous, donnez de votre temps si vous le pouvez, faites des dons aux associations si vous le pouvez. C’est d’ailleurs l’action la plus concrète que vous puissiez apporter : nous le répéterons à chaque fois, mais nos associations sont vitales à notre survie et nos associations sont précaires. Nous avons besoin de mettre en place un soutien aux personnes que l’état précarise et invisibilité, et nous ne pouvons pas le faire sans votre aide !

Vous pouvez donner au FAST, le fond d’action social trans pour contribuer à la création d’un espace de ressources contre l’exclusion et à la précarité des personnes trans, par exemple avec des nuits d’hébergement, l’accès aux biens de première nécessité, une aide administrative et juridique… Vous pouvez donner au STRASS, syndicat autogéré de travailleur.euses du sexe.

Vous pouvez également donner au collectif Transistor. Nous sommes un collectif d’auto-soutien souhaitant créer du lien intra-communautaire avec les personnes trans isolées ou en besoin d’accompagnement, ainsi que visibiliser les problématiques et les situations vécues par les personnes trans.

Merci,
bonne journée.

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