Guide des hormones Transfem
Publié par Transistor le
Ce document a été rédigé par l'un de nos membre pour alimenter le cercle de parole de notre permanence du 17 septembre 2022 sur le thème des hormones féminisante.
Les bloqueurs de testostérone
Les bloqueurs de testostérone ne sont pas féminisant sur le principe. Ils servent à faire baisser soit la production soit la réception de testostérone dans le corps. Ils ne sont pas non plus indispensables : sous un bon dosage d’oestrogène, la production de testostérone par le corps ralentit d'elle-même. Les bloqueurs permettent cependant d'accélérer ce processus en cas de dysphorie.
En France, il existe différents bloqueurs de testostérone. Deux sont plus appréciés que les autres par les personnes transfems ;
- Le bicalutamide, en comprimé une fois par jour, bloque les récepteurs androgéniques : la testostérone et la DHT ne peuvent plus se fixer sur les récepteurs. C’est un traitement efficace, mais il reste par prise orale et peut donc se fixer sur le foie. Son prix est de 37.26€ par mois, mais il est remboursé avec l’ALD ou une mutuelle. En cas de prise de bicalutamide, les taux hormonaux à surveiller sont l’ASAT, l’ALAT et la GGT.
- Le décapeptyl, en injection de 3mg une fois par mois ou une injection de 11.5mg une fois tous les trois mois en intramusculaire. Il bloque la production de testostérone, et est parfois considéré comme plus efficace que le bicalutamide (réduction ou suppression des érections, baisse conséquente de la pilosité…). Il est cependant assez cher, pour un prix de 107€ par mois. Son remboursement est possible, mais parfois partiel (dans le cas de la mutuelle, son prix peut être de 107€). Dans le cadre de la prise de décapeptyl, les taux hormonaux à surveiller sont la testostérone, la FSH et la LH.
- D’autres bloqueurs de testostérone existent, comme l’androcur, le finestaride, la dustasteride ou le flutamide. Ces traitements sont à éviter si possible, car bien qu’ils soient encore prescrits par certains médecins, ils ne sont pas toujours efficaces pour la baisse de la production de testostérone et se révèlent dangereux dans pas mal de cas.
Tous ces médicaments peuvent-être prescrit par un endocrinologue, mais aussi un médecin généraliste. Tous les médecins généralistes n’accepteront pas de prendre en charge une transition hormone féminisante, cependant aucun de ces traitements n’a été créé pour les personnes transfems à l’origine et les médecins généralistes peuvent tout à fait les prescrire. Il existe aussi la spironolactone, dont l’effet premier n’est pas anti-androgénique mais diurétique, il reste tout de même mieux que ses comparses.
Si possible, ne pas accepter un traitement hormonal en ne commençant que par les bloqueurs. Les bloqueurs doivent être considérés comme l’accompagnement d’une prise d’oestrogène, et pas un traitement “seul” pour commencer. Malheureusement trop de médecins proposent encore une mise sous hormone en ne commençant que par des bloqueurs.
Les oestrogènes
Les oestrogènes sont le coeurs du traitement hormonal féminisant. Il en existe de différents types, ceux qui peuvent être prescrits par un médecin, et ceux accessibles en pirate.
Ceux pouvant être prescrit par un médecin sont similaires aux bloqueurs dans la mesure ou ils peuvent également être prescrit par un médecin généraliste… Et qu’ils ne sont pas prévus à l’origine pour des personnes transfems (on y revient plus tard). Ces traitements inclus :
- Les oetrogènes en comprimés par voie orale ou sub-lingual (oromone, estrofem, progynova, provames), dosés de 1 à 8mg par jour. Ils sont moyennement efficaces, et leur risque pour la santé est élevé sur le long terme car ils passent systématiquement par le foie. Il n’y a également aucune étude du risque sur la santé des oestrogènes en prise sub-lingual, on sait cependant que ce mode d’administration provoque des pics d’hormones dans la journée, nécessitant la prise d’un comprimé toutes les 8 à 12 heures. En cas de prise d’oestrogène par voie orale, surveiller les taux d’oestradiol, de testostérone, de LH et de FSH.
- Les oestrogènes en gel, un mode d’hormonation accessible mais à l'efficacité variable d’une personne à l’autre. Le plus efficace pour l’application du gel semble être le scrotum, éviter les seins. Il faut cependant appliquer du gel plusieurs fois par jour, ce qui peut vite devenir handicapant - entre 2 à 6mg par jour, on en arrive à beaucoup de gel à appliquer, sachant que le taux d’hormone dans le corps vient par “pic” à chaque administration, favorisant des effets secondaire du type bouffé de chaleur. En cas de prise d’oestrogène par gel, surveiller les taux d’oestradiol, de testostérone, de LH et de FSH.
- Les oestrogènes en patch, sur lesquels je ne m’attarde pas car les producteurs de ce produits s’arrêtent de le produire les uns après les autres limitant son accessibilité. La possibilité d’utiliser des patchs de 25 à 100 permet de choisir un dosage adapté. La meilleure zone pour l’absorption semble être l’intérieur des cuisses. En cas de prise d’oestrogène par patch, surveiller les taux d’oestradiol, de testostérone, de LH et de FSH.
- Il existe également des méthodes d’administration d’oestrogène par voie nasale (spray) ou par implant, ils sont cependant peu ou pas accessibles en France et il y a encore très peu d'études sur leur efficacité.
Aucun de ces produits n’a été conçu pour les personnes transfem, et leur effet en tant que traitement féminisant laisse parfois à désirer. Il existe un autre moyen d’administration en France accessible en dehors de la voie médicale, nécessitant donc de s’hormoner “en pirate”. Ces hormones sont beaucoup plus efficaces dans le cadre d’un traitement féminisant. Il existe différents formes d'oestradiol injectable :
- Oestradiol valerate, dont le dosage est en général de 4mg d’oestrogene tous les 5 jours
- Oestradiol cypionate, dont le dosage est en général de 6mg d’oestrogene tous les 7 jours
- Oestradiol Enanthate, 7.5mg d’oestrogene tous les 10 jours
Ces produits s’injectent en sous-cutané ou en. Vous pouvez utiliser une seringue certie 0.3mm x 14mm. Il existe des dispositifs plus adapté également, comme des seringues 0 perte vissable (les hormones sont des produits gras et les aiguilles clipsables peuvent donc sauter, c’est déconseillé).
En réalité, la dose d’oestrogène de la fréquence que vous devez vous injecter dépend du produit, dans la mesure ou les formules sont faites pour les personnes transfems mais souvent ré-adaptées en fonction des retours. Vous pouvez également adapter ce dosage en fonction de vos besoins, par exemple si vous vous sentez systématiquement déprimé avant votre injection, vous pouvez tenter de rapprocher vos injections d’une journée (par exemple tous les 5 jours au lieu de tous les 6 jours) pour voir si l’effet ne viens pas d’un sous-dosage.
Si vous décidez de vous hormoner en pirate, il est important aussi de vérifier ses taux hormonaux, c’est-à-dire l’estradiol, la testostérone, la LH FSH et la SHBG
La différence entre la valerate, la cypionate et l’enanthate consiste en différent pic d’hormone. La valerate procure un pic rapide mais une chute également rapide (ne pas oublier de faire votre injection en temps et en heure ou prévoyez un budget mouchoir pour les crises de larme). L’enanthate permet d’avoir un pic moins marqué avec des taux plus stables permettant de s’injecter moins souvent.
Le site transfeminine science dispose d’un graphique permettant de simuler les courbes des taux d’oestrogènes post injection dépendamment du produit, de la dose et de la distance entre deux injections. Il dispose également de tout un tas d’autre resources intéressantes pour les personnes transfems et leur traitement hormonale.
La progestérone
La progestérone peut-être pris en début de traitement hormonal ou dans un second temps, lorsque le traitement oestrogénique est stabilisé et le développement mammaire est terminé (en autre cas, il pourrait perturber la pousse de la poitrine : cependant, certaines personnes transfems et médecin préfèrent quand même commencer un traitement hormonal avec la progestérone). Elle favorise la libido et des effets féminisants tel qu’un changement de la répartition de masse graisseuse ou un changement de la texture de la peau.
Par dose de 100 à 200mg par jour, le traitement se prend par voie orale ou anale (médicament sur ordonnance). Attention, par voie orale, le médicament passe par le foie (et peut aussi provoquer des effets secondaires du type bourrage de gueule inattendu sans prise d’alcool).
Il est également possible de se procurer de la progestérone hors ordonnance en pharmacie, le progestogel étant disponible à l’achat pour 5€ en application locale.
Notes annexes
Il n’est pas possible de prédire exactement comment votre corps va réagir à un traitement hormonal, et donc il n’est pas possible d’attendre un effet précis ou de choisir une transition à la carte. Une fois le traitement stable, les effets du traitement relèvent du hasard et parfois de l’injustice génétique. Les traitements hormonaux sont aussi et long, et parfois il faut savoir donner de la patience. Les effets les plus notables arrivent souvent au pendant de la deuxième année sous traitement.
La prise d’un traitement hormonal féminisant peut en effet baisser voir annuler la production de sperme, mais ce n’est pas une garantie de stérilité. Un traitement hormonal n’est pas un traitement de contraception !
Si tu as de la chance (ou pas, question d’avis), tu pourras avoir des changements hormonaux au mois qui s’apparentent à des règles. Enjoy