Trans Day Of Remembrance 2022

Publié par Transistor le

Tags : blog, TDOR, trans day of remembrance, militantisme, discours


Bonjour à toustes ;
Nous voilà réuni’es aujourd’hui pour la Journée du Souvenir Trans, en ce 20 novembre 2022, pour rendre hommage et honorer nos adelphes trans décédé’es cette année.


Ces derniers temps, il semble que nous, les trans, soyons partout. La “question trans” affole et les médias s’en délectent. Marianne, Le Monde, M6, France 2, TF1, le HuffPost et tant d'autres, tout le monde en bave pour ces documentaires voyeuristes et peu respectueux, pour ces moment de débats houleux. Car il ne semble pas gêner les médias de jouer avec nos vies et nos histoires, de nous positionner en face de ces mêmes personnes qui militent infructueusement pour notre disparition.

Nous ne sommes ni des jouets, ni un feuilleton du dimanche soir, ni même un sujet de débat : nos vies sont réelles, nos vies sont précaires, et nos vies sont déjà fragiles. À ces médias qui se délectent de la haine, à ces médias qui traiteront cette journée et ce moment comme un fait divers, à ces médias qui continuent à nous exposer davantage à cet amas de haine grandissant : vous êtes complices et meurtriers. Nous n’avons pas besoin que nos vies soient exploitées, déformées et humiliée au profit de vos poches de bourgeois pervers.


Cette visibilité ne nous apporte pas plus de reconnaissance et d’attention mais plus de haine ; elle est une plateforme pour les TERFs (des militantes anti trans se revendiquant d’un soit-disant féminisme): plus d’espace pour apporter de la désinformation, pour faire la promotion des thérapies de conversion (pourtant meurtrières), plus d'espace pour lutter contre notre accès à la santé, contre notre sécurité et notre protection, plus d’espace pour les agressions transphobes banalisées, plus d’espace à la violence, et par répercussion, plus d’espace pour les agressions.

Les offensives contre notre communauté se multiplient, et résultent dernièrement par la perte de nos droits. Aux États-Unis, de nombreux états ont déjà interdit les transitions pour les mineurs et cherchent à étendre cette interdiction sur la simple transidentité. On assiste à des tentatives d'offensives similaires en France, lorsque des militantes féministes TERFS sont accueillies à l’Elysée par la ministre de la Citoyenneté Marlène Schiappa pour présenter un dossier dit de “ressources au sujet des problématiques sur l’identité de genre”.

La venue des TERFS - ou femellistes, comme elles aiment s’appeler - au gouvernement porte déjà ses fruits. La députée Renaissance (groupe La République En Marche) Aurore Bergé faisait passer ce 7 novembre en commission des lois un amendement visant à reformuler le droit à l’avortement afin d’y exclure les hommes trans : “nul ne peut être privé” deviendrait “nulle femme ne peut être privée”.

Et où se trouve le soutien des associations et militantes féministes face à cette atteinte au droit fondamental de l’avortement ? S’il est légitime de réagir face aux atteintes au droit à l’avortement dans d’autres pays (confer les manifestations du 28 septembre 2022 suite à la décision de la cours suprême de révoquer le droit à l’avortement), cela n’est pas suffisant. Il est aussi nécessaire de militer pour le droit à l’avortement de tout le monde, même dans notre pays. À moins que leur soutien à la cause trans ne consiste pour elle qu’à nous demander de venir les aider à défendre leurs droits une fois avoir aveuglément laissé rentrer le cheval de troie au gouvernement par je-m’en-foutisme.


Il semble redondant de rappeler que tout cela s’inscrit dans le contexte usuel des vies trans :

Notre accès à la santé est précaire ; nos parcours de transitions sont rendus compliqués par l’état et la FPATH (aussi appelée l’association Trans Santé, ou encore SOFECT) s’imposant comme parcours de transition officiel français alors même qu’elle se contente de nous psychiatriser et de nous mettre dans des positions dangereuses et précarisantes durant des années, avec des files d’attente bien trop longues et des praticiens bien trop ignorants. Sans parler de la prise en charge médicale générale qui entrave l’accès des personnes trans à la santé, d’une part régulièrement victimes de transphobie, toxicophobie, de putophobie, mais aussi confronté à des professionnels de santé n’étant pas formés à nous prendre en charge.

Les personnes trans ne sont pas seulement en précarité face à la santé, et beaucoup se retrouvent à l’intersection de la transphobie, du racisme, de la putophobie et/ou du validisme. Beaucoup d’entre elles sont migrantes ou sans papiers, sont victimes de discrimination a l’embauche, de discrimination face au logement et ont recours au travail sexuel pour survivre et vivent en squat.

Travail sexuel encadré par des lois abolitionnistes, notamment la loi abolitioniste du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel, qui précarisent les travailleureuses du sexe et les mettent en danger. Les violences envers les travailleureuses du sexe durant leur temps de travail auraient augmenté de 40% depuis l'adoption de cette loi. L’idéologie abolitionniste considère que la détérioration des conditions de vie et de travail, l’augmentation des violences et l'aggravation des risques sanitaires ne sont que des dommages collatéraux de la loi. Nous critiquons l’hypocrisie d'un État qui, tout en engrangeant le quart des revenus générés par le travail du sexe, est non seulement incapable d'assurer la protection, l’accès aux droits élementaires et la sécurité des travailleureuses du sexe, mais les infantilise en les considérant incapables de faire leur propres choix. Nous exigeons la dépénalisation comme modèle juridique.


Dans le monde durant l’année passée, environ 367 personnes trans ont été reportées décédées à cause d’actes transphobes, de violence, de négligences médicales. La majorité étaient des personnes trans-féminines et/ou racisées et/ou travailleureuse du sexe. 36% des personnes trans tuées en Europe étaient migrantes.


Nous remercions celleux qui luttent tant bien que mal face aux actes et aux politiques transphobes. Nous remercions Acceptess-T, le FLIRT, XY Media, les associations de la Fédération du Parapluie Rouge, à celleux qui participent au financement des accès aux soins et à l’hébergement de personnes trans précaires.

Pour aider, vous pouvez donner au FAST, le fond d’action social trans géré par Acceptess-T pour contribuer à la création d’un espace de ressources contre l’exclusion et à la précarité des personnes trans, par exemple avec des nuits d’hébergement, l’accès aux biens de première nécessité, une aide administrative et juridique… Vous pouvez donner au STRASS, syndicat autogéré de travailleur.euses du sexe.

Vous pouvez également donner au collectif Transistor. Nous sommes un collectif d’auto-soutien souhaitant créer du lien intra-communautaire avec les personnes trans isolées ou en besoin d’accompagnement, ainsi que visibiliser les problématiques et les situations vécues par les personnes trans.


Nous vous invitons maintenant à un moment de recueillement en silence, en mémoire à nos adelphes décédés. Nous honorerons une seconde de silence pour chaque personne trans recensée que nous avons perdu cette année, ce qui équivaut donc à un silence de 6 minutes et 12 secondes.

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