Journée internationale du droit des femmes 2023
Publié par Transistor le
Tags : blog, feminisme, militantisme, discours
Femmes cisgenres, quand accepterez-vous que vous êtes nos hommes cisgenres hétéro ?
Car il semble que chaque année il faille vous le rappeler. Et chaque année suivante, vous continuez à décevoir en vous couvrant de votre crasse transphobe, putophobe et raciste. Alors cette année, allons-y clairement, disons les mots : femmes cisgenres, vous êtes nos hommes cisgenres hétéro.
Femmes cis, vous êtes nos hommes cisgenres hétéro lorsque, dans toutes les conversations à propos des femmes, nous nous retrouvons exclues. Les discussions sur le féminisme ne sont jamais organisées avec ni les personnes trans, ni les meufs trans, ni les travailleuses du sexe et trop rarement les personnes racisées, qui sont pourtant toutes bien plus sujettes à être victimes de sexisme, en intersection avec d’autres discriminations spécifiques. Vous ne réfléchissez pas vraiment à la place des femmes trans dans le feminisme, ou bien vous décidez de notre place sans nous, du haut de votre privilège de femme cis. Nous méritons d'être incluses, et d'être au centre des conversations qui nous concernent.
Nous, femmes trans, méritons d’être incluses même dans les évènements féministes en non-mixité entre femmes : pourquoi les femmes trans y sont systématiquement rejetées ? Quelle transphobie battante et crasseuse ! Et pour quelles raisons ?
A ces femmes cis lesbiennes qui organisent des évènements entre femmes lesbiennes, et qui interdisent aux femmes trans lesbiennes de s’y rendre : Pour quelle raison ne pourrait-on pas venir ? Car les lesbiennes n’aiment pas la bite ? Et bah putain que c’est transphobe ! Et quel phalocentrisme, de la part de femmes soit-disant si déconstruites...! Saviez-vous que toutes les meufs trans n’avaient pas forcément les mêmes organes génitaux ? Et d’ailleurs, pourquoi nos organes génitaux devraient avoir tant d’importance ? Ne devrions-nous pas être simplement là en tant que femmes lesbiennes ? Qui donc a décidé que les femmes trans ne sont pas elles aussi victimes de lesbophobie comme les autres ? N’avons-nous donc pas le droit d’accéder aux espaces qui nous concernent nous aussi matériellement ?
Femmes cis, nous ne voulons plus jamais avoir à être réduites à nos organes génitaux. N’en parlez juste plus, car vous ne savez pas le faire correctement. Vous ne connaissez rien de nos organes génitaux : ni de ce qu’on possède entre les jambes, ni des effets qu’ont pu avoir les hormones sur eux, ni des possibles opérations auxquelles nous aurions pû avoir recours. Vous n’avez aucune réelle idée de ce qui peut se trouver entre nos jambes, et c’est sûrement très bien comme ça : aucun être humain ne devrait être réduit à son sexe.
Femmes cis, nous n’avons pas, en tant que femmes trans, ni en tant que pute, à vous prouver une quelconque légitimité à accéder aux discours sur le féminisme. Vous n’avez d’autre choix que de nous inclure dans ces questions : celles-ci nous appartiennent aussi.
En tant que femme trans, même auprès de nos consoeurs cisgenres, notre identité est constamment remise en question et débattue. Avant même de trouver auprès des femmes cisgenres de l'écoute ou du soutien, il faut déjà réussir à trouver du respect. Nous ne voulons plus jamais avoir à subir cette humiliation.
Femmes cis, vous êtes nos hommes cisgenres hétéro, car vous aussi vous défendez vos personnalités publique terfistes. Pour rappel l'acronyme anglais TERF veut dire “féministe radicale excluant les trans” et a été créé par ses utilisatrices-même. Lorsque vous continuez à visibiliser et soutenir des TERFS telles que Dora Moutot ou Marguerite Stern comme figures du féminisme, et permettez à des femmes comme elles de s’exprimer jusque dans les journaux webs et imprimés, sur les plateaux télévisés et devant les ministres : Comment obtenir votre respect après ça ? Comment ne pas douter de vous quand vous permettez à des femmes comme ça de s'ériger en icône du féminisme ? Comment pouvons nous faire confiance en une population qui est prête à nous poignarder dans le dos jusqu’à ce qu’il faille protéger le droit à l’avortement menacé et quémander notre aide ?
Nous dénonçons ainsi le mouvement des auto-proclamées “Femellistes”, constitué de femmes que vous avez mises sur un piédestal et continuez d’applaudir aveuglément lorsque l’on dénonçait déjà leurs idéologies transphobes et putophobes. Ces femmes passent leurs journées à nous attaquer et nous détruire, sous couvert qu’elles seraient victimes de notre mouvance. Qui continuerez-vous à soutenir, l’extrême droite déguisée en féministe ou les trans ?
Comment pouvons-nous faire confiance à des femmes qui restent muettes et soutiennent le projet de constitutionnalisation du droit à l’avortement dont l’écriture de la loi est transphobe en excluant les hommes trans du droit à l’avortement ? L’écriture “La liberté de la femme” n’inclut pas l’entiéreté des personnes dont le droit à l’avortement doit être protégé. Saviez-vous que des hommes trans peuvent eux aussi avoir un utérus et tomber enceint ? Saviez-vous que les hommes trans aussi, avortent ? Pousser un projet de loi qui n’inclus pas le droit des hommes trans à avoir accès à l’avortement est profondément transphobe, mais pas si étonant de votre part : vous n’êtes pas là pour le droit de tous les genres, vous êtes là pour vous : pour les femmes cis blanche.
Lorsqu'on on est trans en France, on perd des droits reproductifs. On n’a toujours pas accès à la PMA. Lorsque l'on choisit de conserver des gamètes, on prend le risque de ne jamais pouvoir y avoir accès, ou d'en perdre la possession en changeant d'état civil.
Femmes cis vous êtes nos hommes cisgenres hetero, lorsque vous réduisez les hommes trans aux potentiels bébés qui ne naîtront pas de nos utérus, lorsque vous vous appropriez les vécus des hommes trans pour illustrer vos théories sur le genre. Nous ne sommes pas vos butch de luxe et nous ne vous devons pas d'être des exemples de masculinité positive. Nous ne sommes pas transgressifs, nous sommes transexuels.
Femmes cis, vous êtes nos hommes cisgenres hétéro lorsque vous vous considérez comme “safe par défaut” de par votre statut de femme cis blanche : avec vos évènements pseudo safe, pseudo déconstruits, en non-mixité sans mec cis. Ah bein ouai, parce que les hommes sont de facto des agresseurs, et vous de facto des minorités exemptes de tout reproche. Non, parce que jamais aucun homme trans n’a été exclu de ces évènements ou fetichisé, aucune femme trans n’a jamais été chassée à coup de balais sous couvert d’être un homme infiltré. Non, la transphobie y est exempte et vous êtes de virtueuses anti-racistes totalement déconstruites incapables d’un quelconque classisme.
Il n’est pas du tout bien connu que du haut de votre statut privilégié vous jouissiez à ré-utiliser des chants sois-disant féministes profondément racistes et à vous ré-approprier les chants, les luttes, et l’activisme de femmes de divers autres pays sans même en comprendre les enjeux, les transformant ainsi en de simple représentation pseudo-artistique dénuées de toute leur facettes politiques et donc de toute leur importance.
Femmes blanches : arrêtez de chanter “L’hymne des femmes”. Vous n’êtes pas et n’avez jamais été des esclaves, vous étiez celles qui jouissaient des traites d’êtres humains. Historiquement, vôtre âme est du côté de la suprématie blanche : vous êtes les descendantes d’esclavagistes, et vous ne pouvez pas ignorer que votre éducation et votre culture, tout comme elle peut être empreinte de sexisme, l’est encore plus de racisme et de suprématie blanche.
Femmes cis, je vous le dis : votre problème, c’est de considérer la bite comme un symbole d’aggressivité, et la chatte comme un symbole de pureté. Votre conception du genre est basé sur le sexe et vous ignorez complétement l’évidence que le patriarcat affecte aussi les hommes : les hommes gays ont eux-aussi besoin d’espaces safe pour pouvoir vivre, les femmes trans ont besoin d’espace où elles ne sont pas rejetées et ramenées à leur hypothétique “sexe d’homme” pour pouvoir grandir et s’épanouir, les hommes trans ont besoin d’exister sans qu’on les ramène à leur assignation de femme et sans qu’on les exclue pour un pseudo “collaborationisme avec le patriarcat”, et les hommes cis-hétéro, eux, ne pourront jamais apprendre et s’épanouir eux même s’ils sont laissé seuls et isolés des reflexions sur le patriarcat.
Femmes cis, vous n’êtes pas les seules à être victimes du patriarcat. Et femmes cis-hétéro blanches, vous êtes de loins celles qui souffrez le moins dans votre statut de minorité du patriarcat. D’ailleurs, vous vous en trouverez assez souvent avantagé : tout le monde veut vous protéger, au point que vous pourriez envoyer en homme noir en prison par simple peur raciste. Lorsqu’une femme blanche accuse faussement un homme noir d’agression ou de viol, la société accourt pour punir l’accusé pour protéger la “vertue de la femme blanche”. Cela a déjà été un problème et l’est encore : le féminisme blanc pense parler pour toutes les femmes, mais en réalité il ne vaut pas mieux que le patriarcat : il promet de protéger les vies des femmes blanches tout en controlant celles des personnes racisées. Mais oui bien sûr : continuez à penser que la bite c’est l’agressivité, et la chatte la pureté. Continuez à penser que vous êtes la cerise en haut du gâteau : de là où nous, nous vous regardons, vous n’êtes pas bien différentes que le cul du gâteau.
Femmes cis, vous êtes nos hommes cisgenres hétéro lorsque que vous considérez le travestissement comme un jeu. Vous êtes nos hommes cisgenre hétéro, parce-ce que vous aussi vous vous touchez à l’idée d’une femme habillée en homme et d’un homme habillé en femme.
C’est d’ailleurs un problème lorsque vous vous touchez au point de vouloir en faire une manifestation publique : les hommes habillés en femmes, les femmes habillées en homme, pour le droit des femmes. C’était un peu votre moment “pédé folle” de cis-hétéra blanche. Dommage, vous ne savez pas le réaliser avec tact. Non, votre conception est dégueulasse et fétichiste à souhait. Parce que vous ne savez même pas de quoi vous parlez, parce que vous essayez d’utiliser des codes qui ne sont pas à vous et que vous ne pourrez jamais comprendre. Vous en venez même à réfléchir pour les femmes trans de notre place dans une telle manifestation, pour nous répondre que nous pourrions venir en tant que femme, comme si nous avions la même place qu’un homme habillé en femme qui viendrait à cette représentation publique. C’est profondément humiliant, dégradant et transphobe.
C’est humiliant, car en fait, encore une fois, on assiste au clou de votre intolérance : nous ne sommes pas des femmes, nous sommes des hommes déguisés en femme. Juste des pédés en robe quoi, puisqu’il faut apparament toujours nous assimiler aux gays. D’ailleurs je suis sûre que les hommes gays adoreront apprendre qu’ils sont comparés à des femmes. Ça craint un peu, l’homophobie, quand même. Mais bon après tout ce sont des hommes, et les hommes, c’est tous des agresseurs, non ?
Femmes cis, je vous méprise et vous êtes responsables : vous êtes responsables vous aussi des agressions et des viols de nos soeurs trans, vous êtes responsables des agressions et des viols de nos soeurs putes.
Vous êtes responsable lorsque vous n’avez rien dit, rien fait, lorsque vous avez assisté à une agression transphobe sans agir, peu importe sa violence. Lorsque vous ne considérez pas nos viols aussi importants car nous ne sommes pas des femmes à vos yeux. Lorsque les meurtres de femmes trans ne comptent pas dans les compteurs de féminicide, parce que nous ne sommes pas des femmes à vos yeux. Lorsque vous restez silencieuses quand une femme trans est incarcérée dans une prison pour hommes, quitte à être placée en isolement pour soit-disant la protéger. Lorsque nous ne sommes pas autant soutenues que des femmes cis après nos agressions. Lorsque vous considérez les agressions des travailleuses et travailleurs du sexe comme méritées. Lorsque vous niez, et ignorez, que les femmes cis aussi agressent et violent les personnes trans. Lorsque vous confessez que quand même, une femme blonde avec des gros seins et un gros cul, c’est pas très plaisant. Qu’en a-t-on à faire de votre sexisme intériorisé, qu’en a-t-on à faire de votre putophobie externalisée ? Pourquoi toujours exclure ou moquer des femmes dans vos propres luttes ?
Pour toutes ces raisons, au même titre que les hommes seraient tous responsables des violences subies par les femmes, vous êtes également toutes responsables des violences que nous subissons : le sang est sur vos mains aussi. Et j’espère que vous en ressentez la honte.
En ce jour du 8 mars, journée des droits des femmes, je vous le demande : comment allez-vous continuer à mener vos luttes ? Avec des expositions d’art féministe et des salons de thé en non-mixité sans mec cisgenre ? Tu parles d’une réalité de bourges blanches !
En fait, votre classe sociale ne vous permet pas d’être connectées aux réalités matérielles de notre époque. Non, c’est la déconnection complète ! Lorsque vous, vous passez votre temps à bander en imaginant un futur apocalyptique où il faudrait réorganiser une société de zéro, et à comment vous feriez pour gérer le fameux “effondrement”, vous êtes déconnectées.
Nous, l’effondrement, on le vit tous les jours. Parce que personne ne fait rien pour nous, et parce que nous sommes partout considérées comme la pisse de la société, nous nous organisons déjà entre nous. Nous sommes précaires et nos organisations le sont aussi. Nous avons du mal à pouvoir financer nos actions militantes, et en même temps nous aimerions aussi pouvoir financer notre propre vie. Et puis il y a nos proches dans des situations plus ou moins similaires, et on aimerait bien les aider aussi un peu. Alors on retourne s’organiser en intra-communautaire, jusqu’à ce qu’on ai au final besoin d’aide à notre tour. C’est un cercle sans fin.
Nous, l’effondrement, on connaît déjà, et on n’en a plus peur, on en est fatiguées. On est d’autant plus fatiguées que cet état d’effondrement, cette peur constante qui s’inscrit dans notre estomac, c’est vous qui la maintenez. C’est vous qui la maintenez, parce que vous participez vous aussi à maintenir le patriarcat en place, d’une certaine manière.
Par ce que vous vous prélassez dans votre état de femme cis blanche priviligiée, parce que vous vous prélassez dans l’illusion d’être une petite caste pure, exempte de tout reproche, tout en restant isolée des autres. Vous ignorez les manières dont vous continuez à perpétuer les oppressions contre les personnes trans, les personnes racisées et les travailleuses et travailleurs du sexe. Vous l’ignorez et vous refusez de l’entendre.
Voilà un exemple flagrant et “amusant” : pourquoi refusez-vous systématiquement de répondre aux questions des hommes, sous couvert qu’ils devraient s’éduquer d’eux-même ? Ne pensez-vous pas que le dialogue n’est pas déjà essentiellement une forme d'éducation ? Pensez-vous que nous, en tant que personnes trans, ayons le privilège de rester entre nous, et de ne jamais devoir nous abaisser à éduquer les autres ? C’est pourtant ce que nous sommes obligées de faire, constamment, tous les jours, gratuitement, et même avec vous. Nous n’avons pas le choix de refuser d’éduquer des personnes cis sur nos vécus, même lorsque cela nous déplait, au risque pour certains et certaines d’entre nous de mettre en péril notre sécurité, pour faire en sorte de sauver le plus d’entre nous.
Votre silence, en comparaison, est stupéfiant et glaçant de privilège.
Alors à toi, que tu te sois reconnue dans ce discours ou non. À toi qui m’écoute sur cette place : comme tu le constates peut-être pour la première fois, comme tu le constates peut-être pour la centième fois ; nos vies sont précaires. Arrêtez d’être nos ennemies, arrêtez d’être passives dans votre coin. Écoutez-nous, aidez-nous. Nos vies sont déjà terriblement compliquées, survivre à la misogynie, à la transphobie, et pour certaines d'entre nous au racisme, à la putophobie, au validisme, au classicisme et à la précarité est une violence quotidienne qui pour beaucoup trop finit par être fatale.
Je vous demande à vous, femmes cisgenres, de remettre en question les biais transphobes que vous pouvez avoir, qui sont si présents dans la sphère féministe ces derniers temps, et tellement étouffants. Prendre la parole sur ce sujet, ce n’est pas un acte simple. C’est un acte où l’on est vulnérable. Car remplie de la peur de se voir encore une fois exclue des espaces dédiés aux femmes, de se faire étiqueter d’activiste violente, de se retrouver encore une fois face aux remarques transphobes qui transformeront la colère et frustration légitimes, en la manifestation d’une agressivité qui sera qualifiée de masculine.
Aussi je vous demande, que vous vous sentiez coupable, que vous vouliez simplement aider, si vous le pouvez, de donner aux associations trans et aux associations de travailleureuses du sexe, car c’est l’action la plus utile et radicale que vous puissiez nous fournir. Comme nous venons de le dire, l’aide dont nous avons besoin pour survivre ne vient pas de l'État ; elle est mise en place par des collectifs et associations d’auto-soutien entre personnes trans ou travailleureuses du sexe. Nos associations sont précaires, et pourtant leur existence et leurs actions sont vitales pour notre survie. Nous avons toujours besoin d’argent, car nous avons toujours besoin de mettre en place des solutions pour aider, soutenir, parfois soigner ou héberger des personnes trans précaires.
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