Discours de Transistor au Meeting du NPA du 10 Mars
Publié par Transistor le
Tags : blog, militantisme, discours
Bonjour à tous et à toutes,
Nous sommes le Collectif Transistor, une association d'auto-soutien souhaitant créer du lien intra-communautaire avec les personnes trans isolées ou en besoin d’accompagnement, ainsi que visibiliser les problématiques et les situations vécues par les personnes trans.
La question trans intrigue, la question trans divise, et notre communauté n’est pas épargnée : invisibilisée, moquée… Notre existence médiatique - comme pour beaucoup de communautés minorisées - se résume à des documentaires voyeuristes et peu respectueux ainsi que de longs débats aux cours desquels nos identités sont rabaissées et violemment humiliées par de vieux bourgeois ignorants tout à propos de nos réalités matérielles. Nous ne sommes ni des jouets, ni un feuilleton du dimanche soir, ni même un sujet de débat : nos vies sont réelles, nos vies sont précaires, et nos vies sont déjà fragiles.
En Charentes, nous ne souffrons pas moins qu’ailleurs en France. Vivre en tant que personne trans dans la diagonale du vide, c’est d’ailleurs un fardeau : trop peu de médecins acceptent nos identités et rares sont ceux capables de nous soigner correctement.
Nous sommes tout le temps redirigés vers la FPATH (anciennement appelée SOFECT) de Bordeaux, Limoges ou Poitiers. Ces pôles médicaux auto-proclamées “d’expertise transgenre” nous impose des délais de transitions bien trop longs, et dans des conditions pour beaucoup d’entre nous précarisantes. Nous ne voulons plus que nos identités soient contrôlées par des professionnels de santé sans que notre avis soit pris en compte.
Et qu’il ne nous vienne pas à l’idée d’avoir besoin de voir un médecin pour une toute autre raison médicale que notre transition : pour une simple grippe, on reprochera à nos traitements hormonaux de nous rendre malade, et s’il faut que l’on soit soigné, ce sera une catastrophe pour le corps médical de savoir comment s’occuper de nous au risque de commettre des erreurs qui n’arriveraient pas avec des patients cisgenre (c’est-à-dire pas trans).
Nous ne voulons plus avoir à subir de violences médicales en raison de notre identité de genre : nous voulons, comme tout autre individu, accéder à un système de santé efficace qui ne refusera pas de nous prendre en charge pour des raisons idéologiques et transphobes.
Il n’est pas acceptable de devoir choisir entre une consultation médicale et un repas. Il n’est pas acceptable de craindre de se faire soigner par peur de la transphobie et des violences médicales exercées par les médecins sur nos corps et nos intégrités.
Notre accès à la santé est déjà précaire, mais il est aussi menacé : nous dénonçons également la currente écriture de la proposition de constitutionalisation de l’avortement : en définissant la “liberté de la femme de mettre fin à sa grossesse”, nous oublions que les hommes trans eux aussi peuvent-être amené à avorter. Ce projet de loi ne peut pas passer, et nous ne voulons pas non plus avoir à voter contre lors d’un possible référendum, uniquement pour pouvoir préserver le droit à l’avortement des personnes trans. Nous ne voulons plus avoir à voter par dépit simplement pour protéger le peu de droits que nous avons déjà. L’État français se doit de protéger les droits de tous ses citoyens !
Pour autant, les personnes trans ne sont pas seulement trans, et certaines se retrouvent à l’intersection de la transphobie, du racisme, de la putophobie, du validisme, et de la précarité. Cela rend souvent nos vies d’autant plus compliquées.
Nous demandons ainsi l’abolition des lois abolitionnistes, telles que la loi du 13 avril 2016 et la loi AVIA du 24 juin 2020.
Parce-ce que l'abolitionnisme n’est pas un schéma compatible avec le capitalisme, et qu’il profitera toujours à perpétuer les violences envers les travailleuses et les travailleurs du sexe sans jamais en diminuer le nombre tant que notre politique économique et sociale n’aura pas changée. Arrêtons de suivre dès maintenant le schéma meurtrier de la Suède et d’ignorer les violences commises envers les travailleuses et travailleurs du sexe !
Nous critiquons l’hypocrisie d’un État qui, tout en engrangeant le quart des revenus générés par le travail du sexe, est non seulement incapable d’assurer la protection, l’accès aux droits élémentaires et la sécurités des travailleurs et travailleuses du sexe, mais aussi qui les infantilise en les considérant incapables de faire leur propres choix. Nous exigeons la dépénalisation comme modèle juridique. Nous exigeons des retraites pour les travailleurs et travailleuses du sexe !
Nous demandons aussi un accès facilité à la nationalité, car le fait d’être en danger du fait d’être LGBT dans son pays d’origine devrait être une raison suffisante pour une demande d’asile. Nous condamnons l’État complice, criminel et meurtrier, qui renvoie et expulse les personnes LGBTs dans les pays qu’ils et elles fuient. Nous exigeons de ce fait la régularisation des personnes sans-papiers et la fermeture des centres de rétention administrative.
Nous demandons également plus de facilités d’accès au logement, car dans notre communauté trop souvent précarisée, un très grand nombre d’entre nous a grandi dans la rue, y est encore aujourd’hui et y sera sûrement demain.
Aujourd’hui, ce sont les associations qui font le travail de l'État. Alors nous ne pouvons que vous inviter à aider de votre manière : engagez vous, continuez à nous visibiliser, donnez de votre temps ou si vous le pouvez, faites des dons aux associations si vous le pouvez. C’est d’ailleurs l’action la plus concrète que vous puissiez apporter : nous le répéterons à chaque fois, mais nos associations sont vitales à notre survie et nos associations sont précaires. Nous avons besoin de mettre en place un soutien aux personnes que l’État précarise et invisibilisé, et nous ne pouvons pas le faire sans votre aide ! Tous les dons sont utiles, même les petits !
Merci au NPA pour cette opportunité de visibiliser et partager nos luttes.
Si vous souhaitez nous aider localement, Transistor organise une permanence publique ouverte à tout le monde une fois par mois. Celle de Mars aura lieu demain, samedi 11, de 15H à 18H au Bêta. Nous organisons également une rencontre et discussion tout public sur les parentalités queer et notamment trans, le samedi 25 mars, toujours au Bêta. Et enfin, nous sommes actuellement en train de co-organiser une Marche des Fiertés pour Juin 2023 à Angoulême, pour laquelle toute aide est la bienvenue.
Bonne soirée, et bonne lutte !