Discour de Transistor à la pride d'Angoulême de 2023

Publié par Transistor le

Tags : blog, militantisme, politique, discours, pride


Nous sommes le Collectif Transistor, une association d'auto-soutien et de visibilisation des questions relatives au droit des personnes trans sur Angoulême. Depuis cette année, nous avons créé Rayon Parapluie, une action de santé communautaire menée par et pour les travailleureuses du sexe, souhaitant également visibiliser les problématiques et situations vécues par les travailleureuses du sexe, toujours sur Angoulême.

En cette journée aux couleurs festives, n’oublions pas ce pourquoi nous marchons : n’oublions pas la colère qui nous anime et qui nous force encore en 2023 à devoir organiser des manifestations pour nos droits :

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Aujourd’hui encore, nos vies de personnes trans sont précaires et en danger :

Notre accès à la santé est compliqué : outre le fait de vivre dans un désert médical, peu de médecins sont réellement formés ou même acceptent de nous prendre en charge. Pour une simple grippe, on reprochera à nos traitements hormonaux de nous rendre malade, et s’il faut que l’on soit soigné, ce sera une catastrophe pour le corps médical de savoir comment s’occuper de nous au risque de commettre des érreurs qui n’arriveraient pas avec des patients cisgenre.
Pour la prise en charge de notre transition hormonale, nous sommes tout le temps redirigés vers la FPATH (anciennement appelée SOFECT) de Bordeaux, Limoges ou Poitiers. Ces pôles médicaux auto-proclamées “d’expertise transgenre” nous impose des délais de transitions bien trop longs dans des conditions pour beaucoup d’entre nous précarisante. Nous ne voulons plus que nos identités soient contrôlées par des professionnels de santé sans que notre avis soit pris en compte.

Nous ne sommes pas mieux traités en garde à vue ou en milieu carcéral : la police d'Angoulême elle-même est fautive. Incarcéré dans des cellules pour femmes quand tu es un homme trans, incarcéré dans des cellules pour hommes quand tu es une femme trans, moqué par les gardes, avec encore une fois peu si ce n’est aucun accès aux soins médicaux : ce traitement est infâme, humiliant et inhumain.

Des projets de lois se succèdent, et si tous ne passent pas, d’autres ne nous épargnent pas.

  • Nous dénonçons le groupe d’étude parlementaire transphobe instauré par les républicains à l’assemblé national sur la “transification des mineurs”. Aucune personne mineure n’a légalement accès à des traitements hormonaux, et encore moins des interventions chirurgicales ! Cette rhétorique TERF d’extrême droite doit cesser !
  • Nous demandons à l’inverse une prise en charge des personnes trans mineurs et l’accès au minima à des bloqueurs de pubertés, auxquels ont déjà accès les mineurs cis. Pourquoi, si ces traitements sont censés être accessibles, ne sont-ils pas prescrits aux jeunes trans ?
  • Nous dénonçons l'amendement du 15 mars 2023 à destination de la suppression de l’AME (aide médical d’état) qui permet aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d’une prise en charge de leurs soins. Dans quel monde refusons-nous une prise en charge médicale à quelqu’un ?
  • Nous dénonçons la non-rétroactivité du changement d’état civil qui nous met constamment en danger en nous obligeant d’être visiblement trans devant nos employeurs ou nos bailleurs.
  • Plus tôt dans l’année, nous avons dû militer contre un projet de constitutionalisation de l’avortement qui aurait exclus les hommes trans du droit à l’avortement, sous le silence et l’indiférence d’assos militant pour le droit à l’avortement.

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Aujourd’hui encore, nos vies de travailleurs et travailleuses du sexe sont précaires et en danger :

Alors qu’à Lyon nos collègues se font expulsé’e’s des abbords du stade de Gerland et des rues adjacentes à coup d’arrêtés préfectoraux et d’intervention de la police dans leurs camionnettes - pour beaucoup leur lieu de vie -, nous appelons à une solidarité nationale envers toutes les travailleureuses du sexe. A Lyon comme à Angoulême, nous refusons que la police municipale fasse entrave à notre activité professionnelle.

Alors que cette semaine encore la ministre Isabelle Rome affirmait une énième fois vouloir renforcer la loi du 13 avril 2016, nous le déclarons haut et fort : Non madame la ministre de l’égalité, nous ne voulons pas que vous renforcez la stratégie nationale de lutte contre le (je cite) “système professionnel”. Vous dites avoir comme seule boussole la dignité humaine. Tout ce que vous savez faire, c’est nous précariser encore plus. Vous ne nous traitez pas dignement en voulant rendre encore plus difficil et dangereux l’exercice de notre métier : vous nous traitez comme de la merde honteuse et sans importance, vous nous exposez encore plus aux violences, aux viols et parfois, à la mort. Non, madame la ministre, nous ne pensons pas que vous avez comme seule boussole la dignité humaine lorsque c’est la mort de nos collègues que vous répandez.

Vous voulez régler le problème de la prostitution toujours trop visible à vos yeux ? Alors nous demandons l’abrogation des ammendements putophobes et des lois abolitionnistes, telles que la loi du 13 avril 2016 et la loi AVIA du 24 juin 2020, ainsi que le droit entre travailleureuses du sexe de s’auto-organiser sous le statut de travailleur indépendant, et ce dans des bordels autogérés qui n’appartiendront qu’à nous, en toute légalité et sans être accusées de proxénétisme. Parce que dans des bordels autogérés entre travailleuses du sexe, on peut veiller les une sur les autres et se protéger, et ainsi éviter les violences ou la mort.

Parce-ce que l'abolitionnisme n’est pas un schéma compatible avec le capitalisme, et qu’il profitera toujours à perpétuer les violences envers les travailleuses et les travailleurs du sexe sans jamais en diminuer le nombre tant que notre politique économique et sociale n’auront pas changé. Arrêtons de suivre dès maintenant le schéma meurtrier de la Suède et d’ignorer les violences commise envers les travailleuses et travailleurs du sexe !

Nous critiquons l’hypocrisie d’un État proxénète qui, tout en engrangeant le quart des revenus générés par le travail du sexe, est non seulement incapable d’assurer la protection, l’accès aux droits élémentaires et la sécurités des travailleurs et travailleuses du sexe, mais aussi qui les infantilise en les considérant incapables de faire leur propres choix. Nous exigeons la dépénalisation comme modèle juridique.

Nous refusons que les discours sur le travail du sexe continuent à se faire sans nous : nous critiquons le groupe de parole à l’assemblé nationale sur la prostitution tenue par le RN, nous critiquons la propagande anti-pute du CIDFF. Nous refusons que nos proches soient considéré comme proxénète pour seule raisons qu’ils sont nos époux et épouses, compagnons, ami’e’s, collocataires… La loi pénalisation client de 2016 nous isole et nous précarise, nous empêchant d’avoir accès aux soins médicaux et à des logements stables tout en criminalisant notre entourage. Cette loi, au lieu d’aider à la sortie de la prostitution, nous enfonce dans la précarité.

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Alors qu'une certaine association, qui n'a même pas été invitée à cette Pride malgré son ancienneté car la-dite association est largement connue pour son accueil déplorable des personnes trans et racisées, alors donc que cette association a exprimé son refus de se rattacher à la Pride d'aujourd'hui qui serait trop (je cite) “radicale”, nous déplorons que nos vies divisent et la réalité de nos vécus vous rebute. Désolé que le mal que l’état et le gouvernement nous font subir soit trop laid à leurs yeux pour qu’ils acceptent de nous écouter. Nos vies méritent mieux que des communiqués méprisants et privés car vous n'avez même pas la décence de discuter directement avec nous, et préférez des chamailleries ridicules qui ne montrent qu'un militantisme hors-sol et un entre-soi privilégié. Nous n'avons pas votre temps à ces querelles d'égos, nous nous battons tous les jours pour la survie de nos adelphes.

Nous déplorons également que certains partis politiques se montrent trop apeurés par la question de nos droits et la considèrent comme une “fracture”, un sujet à ne pas aborder pour ne pas perdre de l’électorat. Nous voulons de la part de la gauche une prise de position clair pour la défense des droits des personnes trans et travailleureuses du sexe ! Nous appelons tous les partis politiques et forces de gauche à ne pas reproduire le même schéma mortifère qu'il y a 10 ans lors de La Manif Pour Tous et des débats sur le mariage. Pour rappel, à cette époque, ce sont des médias de gauche qui ont, les premiers, donné la parole aux opposants au mariage pour tous. Quand aurons-nous le droit à un vrai soutien qui ne nous jette pas en pâture pour de l'audience et des % de popularité ?

Aujourd’hui, ce sont les associations portées par les mêmes personnes concernées qui font le travail de l'État. A l’occasion et au-delà de cette pride, nous vous invitons à nous aider financièrement à faire changer les choses concrètement. nos associations sont vitales à notre survie et nos associations sont précaires. Nous avons besoin de mettre en place un soutien aux personnes que l’État précarise et invisibilise, et nous ne pouvons pas le faire sans votre aide ! Tous les dons sont utiles, même les petits !

Et en parlant d'aide, nous finirons sur un dernier mot : actuellement votre aide serait cruciale lors de futures manifestations et demandes de la famille Camara à qui nous souhaitons apporter tout notre soutien. Mercredi matin, Alhoussein Camara a été tué par la Police. Il avait 19 ans. Des rassemblements et une marche blanche ont eu lieu cette semaine afin de soutenir ses proches et demander justice. Nous invitons toutes les personnes ici présentes à montrer leur soutien, venir aux rassemblements et manifestations.

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