Trans Day Of Remembrance 2024

Publié par Transistor le

Tags : blog, journée du souvenir trans, TDOR, trans day of remembrance, militantisme, discours


Bonjour à toustes ;

Nous voilà réuni’es aujourd’hui pour la Journée du Souvenir Trans, en ce 20 novembre 2024, pour rendre hommage et honorer nos adelphes trans décédé’es cette année.


Prise de parole de Rayon Parapluie

Cette année encore, force est de constater que la violence des attaques des conservateurs à l’encontre des personnes trans ne font qu’augmenter.

Les débats au Sénat des propositions de loi transphobes et liberticides visant à limiter l’accès aux bloqueurs hormonaux des mineurs, les débats sur les plateaux télé qui ne font que devenir de plus en plus hostiles contre les minorités, la bible transphobe et sectaire du mouvement des femellistes…

Si l’augmentation des violences à l’encontre des personnes trans est mondial, et il se ressent aussi bien en France. Parmi les publics les plus touchés, les chiffres du TDOR sont, cette année, encore très révélateurs : parmi les 350 morts, on note une majorité de femmes trans, de personnes racisées, et de travailleuses du sexe.

Cette année, si quelque chose nous a particulièrement frappés à plusieurs reprises, c’est l’incessante indifférence de l’opinion publique face à ces morts.

Il est compliqué d’écrire quelque chose pour ce jour sans en même temps s’attrister de l’absence de certains. Le manque d’empathie et d’écoute, qui, alors qu’ils n’étaient pas présent pour défendre et revendiquer les manquements de l’État et l’implication de la loi pénalisation client et du plan de lutte contre le système prostitutionel mis en place par Aurore Bergé le 2 mai dernier dans la mort de plusieurs travailleuses du sexe trans cet été, on l’indécence aujourd’hui de parler de la « violence de la prostitution » sur les femmes pour justifier leurs positions abolitionnistes.

On parle de violence, on parle de violence, mais ils sont bien les seuls à avoir ce luxe. Nous, nous ne pouvons jamais parler de rien. Ni des difficultés que l’on rencontre dans l’exercice de notre travail, ni de comment améliorer le cadre légal pour y diminuer les violences. Et surtout qu’on ne dise pas que leur abolitionnisme ne fait que dangereusement augmenter les violences subies au travail, jusqu’à entraîner la mort nos collègues.

Nous, nous n’avons jamais le privilège de pouvoir dénoncer nos agressions et les faire reconnaître en tant que tel. Les flics ne prennent pas nos plaintes, à nous. Nous critiquons l’idéologie abolitionniste qui considère que la détérioration des conditions de vie et de travail, l’augmentation des violences et les morts de femmes ne sont que des dommages collatéraux de la loi pénalisation client de 2016.

Pour notre dignité et celle de nos camarades, pour le droit de chacun de vivre en sécurité, nous ne ferons aucun compromis, ni sur nos libertés, ni sur nos conditions de travail, ni sur notre solidarité, pour plaire à un état qui veut nous faire disparaître. Nous continuons de lutter, sans cesse, pour un lendemain moins gris.


Prise de parole de Transistor Jeunesse

Est-ce que vous aussi, vous ressentez cette colère qui brûle à l’intérieur ? Ce poids d’une douleur qu’on nous force à porter encore et encore, année après année ? Parce que moi, je n’en peux plus. Pas seulement de cette haine, pas seulement de ces violences qui nous arrachent nos sœurs, nos frères, nos adelphes. Mais aussi de ce silence qu’on nous impose, à nous, les jeunes trans.

Quand ils parlent de nous, c’est toujours pour nous réduire. Ils nous disent qu’on est trop jeunes pour comprendre, trop influencé'e's, trop ceci, trop cela. Ils parlent de nous comme si on était des concepts abstraits, des problèmes à résoudre, jamais comme des êtres humains. Et même ici, dans nos propres espaces, dans nos propres communautés, combien d’entre nous, les mineur'e's, ont vraiment l’occasion de se faire entendre ?

On vit dans un monde où nos existences mêmes sont contestées. On voit nos vies transformées en statistiques, nos morts en "fait divers". Mais je refuse que ce soit tout ce qu’on est. Je refuse de me taire pendant que d’autres décident à ma place ce que signifie être moi.

Regardez cette liste. Ces noms. Ces histoires. La plupart sont jeunes. Comme moi, comme vous. Elles n’ont pas eu la chance de se défendre, de se battre pour elles-mêmes. Et pourtant, nous sommes ici, à leur place, vivant'e's, et nous devons porter ce poids.

Mais c’est quoi, vivre, quand on nous coupe les ailes avant même qu’on ait pu les déployer ? Combien de jeunes trans n’ont pas accès aux soins ? Combien sont rejeté'e's par leur famille, harcelé'e's à l’école, ignoré'e's par la société ? On nous dit qu’on doit attendre, qu’on doit être patient'e's. Mais attendre quoi ? D’être assez vieux'eille'x pour que nos voix comptent ? De devenir des statistiques pour qu’on pleure enfin notre sort ?

Je suis fatigué'e qu’on nous vole notre parole. Parce que nous avons des choses à dire. Parce que nous vivons déjà cette violence au quotidien. Parce que nous sommes déjà fort'e's. Ce système cherche à nous donner l’impression d’être seul'e's. Que nous sommes trop petits pour changer quoique ce soit. Mais observons-nous un instant, observons tout ce à quoi nous avons réussi à échapper. Nous sommes ici tout de même.

Nous sommes encore en vie et notre colère témoigne de notre courage et de notre combativité. Alors si personne ne veut nous écouter, on parlera plus fort. Si on nous ferme la porte, on la défoncera. Nous méritons d’être entendu'e's, pas demain, pas dans cinq ans. Maintenant.

Parce qu’on ne veut pas juste se souvenir de nos mort'e's. On veut honorer leur mémoire en vivant, en criant, en exigeant un monde où la liste des noms cesse de grandir. C’est notre monde aussi, et il est temps qu’ils l’entendent.


Fin de notre prise de parole

De 2023 à 2024, ce ne sont pas moins de 350 personnes trans qui ont perdu la vie à cause de la transphobie. Aidez-nous à créer un monde où être trans, ça n’est plus pleurer aussi souvent ses morts.

  • Parmi ces 350 décès, ce sont 94% de femmes trans qui sont décédées,
  • Parmi ces 350 décès, ce sont 46% de travailleurs et travailleuses du sexe qui sont décédé’e’s,
  • Parmi ces 350 décès, ce sont 93% de personnes racisé’e’s qui sont décédé’e’s,
  • Parmi ces 350 décès, ce sont 6% de personnes mineures qui sont décédé’e’s.

Nous vous invitons maintenant à un moment de recueillement en silence, en mémoire à nos adelphes trans décédés. Nous honorerons une seconde de silence pour chaque personne trans recensée que nous avons perdu cette année, ce qui équivaut donc à un silence de 5 minutes et 50 secondes. Pendant ce temps, nous vous invitons à allumer et disposer les bougies autour de la fontaine.

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